La situation d’Exploramer est d’autant plus paradoxale que le gouvernement du Québec, par le biais du projet Accord (Action concertée de coopération régionale de développement) a désigné le tourisme comme l’un des trois axes de développement de la Gaspésie aux côtés de l’éolien et des ressources marines. Or Exploramer, de par ses activités, s’inscrit dans deux de ces créneaux : le tourisme et les ressources marines. C’est sans compter qu’en 2009 le célèbre magazine National Geographic a identifié la Gaspésie comme étant la 3e destination au monde, tout juste derrière les fjords de Norvège et des parcs nationaux de Kootenay et Yoho en Colombie-Britannique. Cette reconnaissance aura un impact sur le choix des destinations des touristes au cours des prochaines années. Elle devrait augmenter le nombre d’estivants sur nos routes. Cette augmentation consolidera notre capacité à offrir des attraits d’intérêts tels qu’Exploramer en plus de participer à la consolidation de notre économie. Bien entendu, cela ne pourra se faire que si le gouvernement cesse immédiatement d’élaborer des plans de développements contradictoires.
En effet, que devons-nous penser de la position du ministère et du gouvernement dans ce dossier ? Je ne peux croire que c’est délibérément que nos élus agissent ainsi. Or, l’idée que ce pourrait être de manière inconsciente que de telles décisions soient prises à Québec ne me plaît guère davantage. Il nous faut nous insurger contre ce dysfonctionnement qui s’érige en système. Il nous faut nous insurger contre cette situation qui concerne l’ensemble du milieu culturel de part et d’autre de la frontière séparant le Bas-Saint-Laurent de la Gaspésie administrative. La Matanie n’est pas à l’abri de ces politiques improductives, paradoxales et douteuses. Soyons vigilants, plus de 1250 emplois directs sont liés au milieu culturel dans le Bas-Saint-Laurent. Le tourisme culturel engendre des retombées de 32M$ sur notre territoire. Il s’agit d’une manne incroyable pour nous qui devons adapter nos économies grandement affectées par l’effondrement des stocks de morues et par les difficultés rencontrées dans l’industrie forestière.
Au moment où j’écris ces lignes, le sort d’Exploramer n’est pas encore scellé, mais les discussions qui sont en cours me laissent perplexe. En tant que citoyen, je m’alarme. Il me parait invraisemblable de devoir défendre les intérêts de la culture auprès de nos élus en 2010. Son importance me semble si évidente et pourtant… La tergiversation du gouvernement dans le dossier d’Exploramer s’ajoutent à une longue série de décisions inusitées, voire incohérentes. Malheureusement, ces fourvoiements trop nombreux sont oubliés rapidement par un électorat désabusé et de plus en plus insensible aux impairs de la classe politique. Le projet de développement résidentiel du mont Orford, le projet hydroélectrique de la rivière Romaine, les révélations troublantes à propos d’un Plan Nord qui est tout sauf un plan et l’échec de l’installation de l’usine de panneaux solaires Xunlight à Sainte-Anne-des-Monts, – on se souviendra que l’ouverture de cette usine fut annoncée en grande pompe par Nathalie Normandeau et Raymond Bachand à l’automne 2008 –, représentent quelques-uns des plus récents dérapages du gouvernement. Comment expliquer tant de décisions irréfléchies et arbitraires? Comment expliquer la mise en œuvre de tant de politiques inconséquentes qui mettent en péril le développement du Québec et de l’ensemble de ses régions ? En tant que citoyen, nous avons le devoir de réagir devant tant d’incohérences. Nous sommes également en droit de nous questionner sur les capacités du gouvernement à répondre aux défis que se doit de relever notre société. Malheureusement, à l’instar du philosophe français Pierre Manent qui nous a fait redécouvrir Alexis de Toqueville et Benjamin Constant, nous ne pouvons que constater qu’il existe beaucoup d’ambitieux, mais bien peu de grandes ambitions.
Jean-Sébastien Barriault