samedi 27 février 2010

J'accuse...!

Si, sur le plan administratif, la Matanie fait partie du Bas-Saint-Laurent, elle est comprise à l’intérieur de la Gaspésie sur le plan touristique. Traversée par la 132 selon un axe Est/Ouest et par la 195 en direction d’Amqui, la Matanie est au cœur du fameux circuit bien connu des estivants : le Tour de la Gaspésie. Or, ce Tour est mis à mal par des décisions douteuses du Ministère de la Culture. De fait, au moment où le Conseil de la Culture du Bas-Saint-Laurent dévoile une étude portant sur l’impact de la culture sur l’économie bas-laurentienne, – les retombées qui sont associées à la culture sont de l’ordre de 129M$ selon cette étude –, à quelques kilomètres de chez-nous, en Haute-Gaspésie, le musée Exploramer risque la fermeture. Le fait est que le gouvernement se refuse à aider le musée à financer une partie de ses opérations. À ceux qui pourraient s’opposer au financement de ces institutions, il importe de rappeler que chaque dollar investit en culture en rapporte 3 dans le milieu. Dans le cas qui nous concerne, avec ses 17 000 visiteurs par an, Exploramer est le musée le plus visité de la péninsule gaspésienne. S’autofinançant à plus de 50%, il fait également bonne figure quand on le compare à la moyenne des musées québécois qui est d’environ 20%.

La situation d’Exploramer est d’autant plus paradoxale que le gouvernement du Québec, par le biais du projet Accord (Action concertée de coopération régionale de développement) a désigné le tourisme comme l’un des trois axes de développement de la Gaspésie aux côtés de l’éolien et des ressources marines. Or Exploramer, de par ses activités, s’inscrit dans deux de ces créneaux : le tourisme et les ressources marines. C’est sans compter qu’en 2009 le célèbre magazine National Geographic a identifié la Gaspésie comme étant la 3e destination au monde, tout juste derrière les fjords de Norvège et des parcs nationaux de Kootenay et Yoho en Colombie-Britannique. Cette reconnaissance aura un impact sur le choix des destinations des touristes au cours des prochaines années. Elle devrait augmenter le nombre d’estivants sur nos routes. Cette augmentation consolidera notre capacité à offrir des attraits d’intérêts tels qu’Exploramer en plus de participer à la consolidation de notre économie. Bien entendu, cela ne pourra se faire que si le gouvernement cesse immédiatement d’élaborer des plans de développements contradictoires.

En effet, que devons-nous penser de la position du ministère et du gouvernement dans ce dossier ? Je ne peux croire que c’est délibérément que nos élus agissent ainsi. Or, l’idée que ce pourrait être de manière inconsciente que de telles décisions soient prises à Québec ne me plaît guère davantage. Il nous faut nous insurger contre ce dysfonctionnement qui s’érige en système. Il nous faut nous insurger contre cette situation qui concerne l’ensemble du milieu culturel de part et d’autre de la frontière séparant le Bas-Saint-Laurent de la Gaspésie administrative. La Matanie n’est pas à l’abri de ces politiques improductives, paradoxales et douteuses. Soyons vigilants, plus de 1250 emplois directs sont liés au milieu culturel dans le Bas-Saint-Laurent. Le tourisme culturel engendre des retombées de 32M$ sur notre territoire. Il s’agit d’une manne incroyable pour nous qui devons adapter nos économies grandement affectées par l’effondrement des stocks de morues et par les difficultés rencontrées dans l’industrie forestière.

Au moment où j’écris ces lignes, le sort d’Exploramer n’est pas encore scellé, mais les discussions qui sont en cours me laissent perplexe. En tant que citoyen, je m’alarme. Il me parait invraisemblable de devoir défendre les intérêts de la culture auprès de nos élus en 2010. Son importance me semble si évidente et pourtant… La tergiversation du gouvernement dans le dossier d’Exploramer s’ajoutent à une longue série de décisions inusitées, voire incohérentes. Malheureusement, ces fourvoiements trop nombreux sont oubliés rapidement par un électorat désabusé et de plus en plus insensible aux impairs de la classe politique. Le projet de développement résidentiel du mont Orford, le projet hydroélectrique de la rivière Romaine, les révélations troublantes à propos d’un Plan Nord qui est tout sauf un plan et l’échec de l’installation de l’usine de panneaux solaires Xunlight à Sainte-Anne-des-Monts, – on se souviendra que l’ouverture de cette usine fut annoncée en grande pompe par Nathalie Normandeau et Raymond Bachand à l’automne 2008 –, représentent quelques-uns des plus récents dérapages du gouvernement. Comment expliquer tant de décisions irréfléchies et arbitraires? Comment expliquer la mise en œuvre de tant de politiques inconséquentes qui mettent en péril le développement du Québec et de l’ensemble de ses régions ? En tant que citoyen, nous avons le devoir de réagir devant tant d’incohérences. Nous sommes également en droit de nous questionner sur les capacités du gouvernement à répondre aux défis que se doit de relever notre société. Malheureusement, à l’instar du philosophe français Pierre Manent qui nous a fait redécouvrir Alexis de Toqueville et Benjamin Constant, nous ne pouvons que constater qu’il existe beaucoup d’ambitieux, mais bien peu de grandes ambitions.

Jean-Sébastien Barriault

lundi 1 février 2010

Par un beau matin d’hiver


Pendant longtemps j’ai cru que pareil aux bernaches j’émigrerais un jour vers le sud, loin de la neige, du Saint-Laurent et des Appalaches. Je rêvais de cet hémisphère, de ses palmiers et de ses plages de sables fins, de ses filles à la peau dorée vêtues de jolis paréos colorés, de ses capitales ensoleillées ; de la Havane, de Rio et Buenos Aires. J’ai longtemps cru que la vie m’amènerait un jour à m’installer dans l’une de ces cités qui enivrent, construites de ruelles et de terrasses en bord de mer. Je me voyais assieds à la table d’un café, sirotant un piña colada, le reste fumant d’un Cohiba au bout des doigts, contemplant un groupe de danseurs se déhanchant sur le rythme endiablé d’une salsa cubaine… Et dans cette vie imaginée, je restais-là, assied des heures à cette table, grisé par les effluves marins se mêlant au doux parfum des jolies femmes.

Peu de rêves cumulent autant les clichés et pourtant, il m’arrive encore de regretter que la vie ne m’est conduite sur cette route pavée des souvenirs d’un Éden fantaisiste. Peu m’importe que ce fantasme soit tiré tout droit d’un roman de Gabriel Garcia Marquez ou d’un refrain du Buena Vista Social Club, peu m’importe que la littérature ait teinté de couleurs indélébiles ma conception du Sud et que la musique lui ait imposé ses rythmes. Cet Éden existe bel et bien. Il est là, quelque part, confiné à un racoin ensoleillé de mon esprit, un racoin irradié d’une lumière chaude, d’une lumière tropicale.

Ah! Que de mélancolie! Ces matins d’hiver passé à dégeler le pare-brise de ma voiture alors qu’il fait – 30°C à l’extérieur y sont sans doute pour quelque chose! Mon malheur me semble bien grand. Il n’a d’égal que le bonheur que je lui opposais, celui d’écouler des jours heureux sur une plage de ciel bleu, dans un îlot paradisiaque perdu au milieu de la mer des Caraïbes où le destin m’aurait fait échouer. Mais qui n’a pas fait ce rêve, me direz-vous? C’est vrai. C’est bien vrai. Tout le monde fait ce rêve et si ça se trouve, quelques uns l’ont même réalisé. Peut-être bien qu’au moment où j’écris ces lignes, l’on fait la queue quelque part afin d’acquérir un bout de plage et son palmier que la fonte des glaces n’aurait pas encore submergée. Peut-être même que plus un seul îlot des Caraïbes n’est encore disponible? Va savoir…

Néanmoins, je suis convaincu d’une chose ; c’est que mon rêve à moi était différent du vôtre… D’ailleurs, pendant que j’y pense, c’est peut-être là que tout ça devient intéressant? Si on est tous à rêver du même îlot, c’est dans notre manière d’y tuer le temps que la chose devient intéressante, parce que déménager sur une île c’est bien les premiers jours, mais après deux ou trois semaines à manger des noix de coco et à faire des sudokus, on finit par se tanner… Il faut bien se trouver quelque chose pour s’occuper un peu. Si l’on suppose qu’il existe autant de manières différentes de s’occuper qu’il y a de gens à faire ce rêve, il doit y avoir autant de variantes à celui-ci que flocons de neige sur mon patio.

Ah! Si j’avais su apprécier à sa juste valeur la musique de Kevin Parent et la littérature de Louise Portal, je ne serais sans doute pas entrain de me poser toutes ces questions sur le sud, les bernaches et les noix de coco. N’allez pas croire que je déteste la péninsule! Seulement, ces matins d’hiver à – 30°C « refroidisent » un peu mon amour du pays. Enfin…

*

Ça y est, je suis parvenu à faire démarrer ma voiture. Il est temps d’aller travailler. Adieu paradis perdu, adieu cohiba, salsa et compagnie! C’est janvier et il fait froid dans ma péninsule chérie.

Texte proposé par Jean-Sébastien Barriault