mardi 1 décembre 2009

Les dinosaures de l’ère du vert



Comme beaucoup de Matanais, j’attendais avec impatience l’ouverture du St-Hubert. Dès la première semaine, j’ai donc été parmi celles qui tentaient de se frayer un chemin dans le stationnement - qui visiblement n’était pas préparé à tant d’enthousiasme.

Constat : le concept express, outre le fait qu’il permet d’exagérer sur les doses de sauce brune sans trop attirer l’attention, me plait beaucoup moins que la formule traditionnelle. Encore de la nourriture trop rapidement avalée, un moment dégluti en quatrième vitesse. Et puis, l’inévitable corollaire du fast-food : le jetable. Des verres, ustensiles et assiettes qui trouvent le chemin des ordures après n’avoir servi que 15 minutes. Mon remord fut légèrement amoindri lorsque j'ai remarqué une affiche indiquant que la rôtisserie favorite des Québécois offrait désormais de la vaisselle compostable!… Oui, me direz-vous, ça ne va pas enrichir l’humus de nos violettes africaines, mais bien plutôt s’entasser dans le site d’enfouissement de la Ville. Soit. Mais il s’agit au moins d’un bel exemple d’une entreprise qui réalise qu’il est dans l’air du temps de se mettre au vert…

Alors qu’à la veille de la conférence de Copenhague, on parle d’environnement sur toutes les tribunes, il apparaît en effet conséquent que des entreprises profitent de l'engouement pour l’achat écolo et offrent aux « consom’acteurs » des produits répondant à leurs nouvelles aspirations de développement durable. Le marketing vert pourraient bien constituer le premier pas vers une prise de conscience du consommateur. Désormais, acheter vert, c’est tendance. Lorsque le message n’est plus véhiculé par les écolos de service, mais dans notre quotidien - au resto du coin - il devient davantage qu’un leitmotiv pour les gauchistes et autres révolutionnaires barbus. Madame Gingras et Monsieur Robitaille peuvent se l’approprier plus aisément.

Mais voilà qu’en entrant chez Tim Hortons, j’ai été saisie par une affiche qui doit être là depuis un certain temps. On y voit des canettes et des bouteilles de plastique jonchant la verte pelouse d’un parc municipal, sous laquelle un slogan enjoint le consommateur de beignes à jeter ses déchets dans les vidanges. Vous avez dit jeter? Quoi, des bouteilles d’eau écrasées? Des années de formation à l’ABC du bac bleu réduites à néant! Sous prétexte de véhiculer une consigne de civisme (« Jetez vos déchets aux ordures, pas par terre »), on revient dix ans en arrière… Et le recyclage alors?

La nouvelle politique des matières résiduelles, rendue publique récemment, incitera peut-être les entreprises à effectuer le virage. Celle-ci consacre (enfin) le principe du pollueur-payeur. Désormais, le coût des services municipaux de récupération et de mise en valeur des matières recyclables sera entièrement assumé par les entreprises qui, par leurs produits suremballés, encombrent les sites d’enfouissement. On prévoit également aider les municipalités à se doter d’infrastructure de compostage et de biométhanisation. J’ai déjà hâte de mettre mon assiette compostable dans un bac brun!

Il y avait déjà eu les verres « Déroule le rebord » pour s’assurer d’inciter à se faire servir son café dans un verre jetable plutôt que dans les tasses réutilisables qui gardent si bien le breuvage au chaud. Maintenant cette affiche qui fait la promotion des poubelles. Vivement que ces dinosaures de l’image se mettent à l’ère du vert!


Texte proposé par Catherine Berger

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