Permettez-moi de vous raconter une histoire familiale. En fait, mon arrière-grand-père Charles-Émile Fillion était un cultivateur. Il était propriétaire d’une terre à Saint-René de Matane et comme tout cultivateur de l’époque, il a défriché sa terre. Un jour une entreprise, sans la nommer, a proposé à mon arrière grand-père d’installer un poteau de fils électrique sur son terrain en contrepartie d’une compensation monétaire. Étant entêté de nature, il refusa catégoriquement ce disant, qu’il avait travaillé l’ensemble de sa vie à couper les arbres et qu’une entreprise ne lui planterait certainement pas un arbre dans sa cour! Finalement, l’entreprise installa son poteau de l’autre côté de la route, directement dans le champ de vision de mon arrière grand-père lorsqu’il se berçait sur son balcon!
Cette histoire me fait penser au débat actuel portant sur l’implantation des éoliennes sur notre territoire. Certains donneraient leur parcelle de terre pour recevoir une bourse d’une compagnie en dépit de tous les impacts de cette structure. D’autres sont catégoriquement contre tandis qu’un certain nombre appuie l’éolien à certaines conditions. Personnellement, je suis de ce dernier groupe. Au point de vu environnemental, l’éolien constitue sans l’ombre d’un doute une des avenues pour la production d’énergie verte. Au niveau économique, la production d’éolienne est un secteur industriel qui s’annonce comme une terre de salut en Gaspésie, surtout avec la fragilité des secteurs de l’agriculture, de la pêche et de la forêt. La MRC de Matane en tire bien les avantages par la construction de pièces d’éoliennes (Marmen, Production VCI et dans un avenir très proche Enercon) sans oublier au passage, les retombées aux sous-traitants. Ainsi, il serait très mal placé de critiquer les bénéfices de ces retombés économiques dans notre région. Cependant, le choix de l’emplacement de parcs éoliens et du positionnement de certaines éoliennes constituent des sujets souvent épineux dans les communautés. L’échec de différents projets de parc éolien au Québec durant la dernière année nous démontre que les efforts de petits groupes collectifs peuvent faire fléchir l’échine d’une entreprise privée qui veut se lancer dans le développement d’un projet éolien (Sainte-Luce, etc.). Différents arguments sont soulevés surtout en ce qui concerne l’accessibilité sociale des projets. Dans certaines communautés, telles que Sainte-Luce, la MRC de l’Érables et même en Australie (Voir : Éoliennes: les tensions persistent dans l'Érable), des groupes de pro-éoliennes et anti-éoliennes se forment, des campagnes d’information sont organisées et souvent le ton monte entre les antagonistes. Une division très profonde se forme au sein de ces communautés. La zizanie s’installe et même après l’installation du parc ou de l’échec du projet, la communauté reste avec un profond fractionnement qui sera très long à guérir.
En Gaspésie, nous avons plusieurs projets déjà établis sur notre territoire et quelques autres sont en cours. Outre les répercussions locales, qui ne sont pas négligeables, il est à se demander jusqu'à quelle limite le développement de parc éolien s’étendra au niveau régional. Parallèlement à ce questionnement, il est à se demander jusqu'à quel point le développement éolien pourrait avoir des répercussions sur un des créneaux forts de notre économie Gaspésienne : le tourisme. La Gaspésie est reconnue pour la qualité paysagère de sa route touristique, Le National Géographic la classé au 3e rang des destinations au monde. Tout récemment, le ministère du Tourisme s’est prononcé dans un mémoire déposé au BAPE pour le projet de Gros Morne et soulève quelques points à propos de l’impact des futures projets éoliens sur l’avenir du tourisme dans notre région : «L’enjeu principal pour le ministère du Tourisme est de préserver le capital touristique de la Gaspésie sans entraver le développement éolien ni se substituer aux autorités concernées. Ce ministère est d’avis que l’effet cumulatif d’un tel développement pourrait compromettre l’orientation ministérielle qui vise l’atteinte d’un tourisme durable dans cette région».
Différents documents et outils créés par les autorités locales, permettent d’éviter des dérapages tels que des éoliennes trop près de la route, ou des maisons, et ce aussi, pour éviter les désagréments visuels de ces structures (Règlement de contrôle intérimaire, entre autres). Toutefois, le rapport final du BAPE, pour le même projet nous rappelle que les communautés locales sont loin d’être bien préparé pour protéger leur paysage : «De plus, en l’absence d’une réflexion régionale sur la mise en valeur, la protection et la gestion des paysages, le promoteur n’a pu l’inclure dans la planification de ses projets. C’est d’ailleurs pour cette raison que la commission d’enquête estime que les MRC susceptibles d’accueillir des projets éoliens devraient définir un cadre d’aménagement relatif à l’implantation d’éoliennes fondé sur une démarche de réflexion concertée permettant de dégager une vision régionale de protection, de gestion et de mise en valeur des paysages. En outre, les MRC, les municipalités et les promoteurs devraient mettre en place, dès qu’un intérêt est manifesté pour un territoire donné, un comité de concertation pour favoriser une insertion harmonieuse des projets de parcs éoliens.» Par ces recommandations, le BAPE lance un message très clair, les communautés locales doivent réfléchir à l’importance de leur paysage et définir ceux qu’ils veulent protéger.
Considérant que l’impact visuel des éoliennes a une répercussion sur différents secteurs, il serait surement préférable que cette réflexion considère la valeur de ces paysages en tant que patrimoine collectif, mais aussi comme composante de l’offre touristique. Ainsi, cette démarche devrait être très inclusive auprès de tous les intervenants des communautés détenant un potentiel de projet éolien. À partir des intérêts mentionnés par les communautés, il serait possible de fixer des balises qui permettront de définir jusqu’à quelle limite pourraient se développer les projets éoliens sur le territoire des communautés sans compromettre le paysage et en respect des communautés locales. Ces mêmes balises définiraient, par la même occasion, les territoires sur lesquels les gens des communautés seraient prêts à y voir pousser des éoliennes. Finalement, cette réflexion donnerait beaucoup d’informations afin de définir quelles seraient les règles à respecter afin d’atteindre une certaine acceptabilité sociale.
Pour certains, cette réflexion amènerait des limites trop contraignantes, mais est-ce que la Gaspésie peut courir le risque de nuire à ses paysages et par le fait même à son industrie touristique? Démontrons plutôt qu’ici en Gaspésie, nous sommes capables faire cohabiter des éoliennes tout en préservant la qualité de nos paysages et devenons un exemple de région qui a su se développer de façon durable!
Texte proposé par Benoit Lévesque Beaulieu
Pour en savoir plus :
ÉNERGIE ÉOLIENNE ET ACCEPTABILITÉ SOCIALE - Guide à l'intention des élus municipaux du Québec » : http://www.uqar.qc.ca/crdt/fr/frames.html
Un projet de parc éolien qui divise :
http://www.radio-canada.ca/regions/mauricie/2009/07/30/001-projet-eolien-st-ferdinand.shtml?ref=rss
Éoliennes: les tensions persistent dans l'Érable :
http://www.visiondurable.com/actualites/energie/6491-eoliennes-les-tensions-persistent-dans-lerable
BAPE Gros Mornes :
http://www.bape.gouv.qc.ca/sections/rapports/publications/bape255.pdf
Éolien, zonage et mises en demeure
http://www.visiondurable.com/actualites/energie/6515-eolien-zonage-et-mises-en-demeure
Gaspésie 3e au monde
http://traveler.nationalgeographic.com/2009/11/destinations-rated/north-america-text/20#gaspe
http://www.facebook.com/notes/gaspesie-je-taimecom/merveilleuse-gaspesie-3e-destination-au-monde/203849971356